03/12/2011

Les technocrates sont utiles à l’Europe

Beaucoup d’encre a coulé pour dénoncer l’arrivée au pouvoir des experts en Grèce et en Italie. Pourtant, la technocratie – qui fut longtemps un idéal de gauche – peut jouer un rôle très positif en temps de crise.


Le mot “technocratie” vient du grec “tekhnè”, qui signifie compétence, et “kratos”, pouvoir. Ainsi, les technocrates sont littéralement annoncés comme étant là pour “résoudre les problèmes” – des politiques qui prennent des décisions en se fondant sur leur expertise ou leur maîtrise d’un sujet plutôt que pour satisfaire un groupe d’intérêts ou un parti politique précis. On attribue généralement la paternité de ce terme à l’ingénieur William H. Smyth de Berkeley, en Californie, en 1919, même si l’idée remonte à Saint-Simon, l’un des pionniers de la pensée socialiste. Oui, n’ayons pas peur de le dire : il fut un temps où la gauche internationale pensait le plus grand bien de la technocratie. Dans l’Amérique des années 1930, par exemple, le mot n’était pas une insulte, mais le programme d’une nouvelle utopie sociale. Au milieu de la Grande Dépression, un mouvement technocratique constitué autour d’ingénieurs et d’économistes dissidents comme Thorstein Veblen et Howard Scott soutint que les politiques populistes étaient tout simplement incapables de corriger le système.

Dans les décennies suivantes, la technocratie acquit une piètre réputation. La vénération du progrès industriel et le pouvoir illimité des bureaucrates devinrent les signes distinctifs des régimes totalitaires, en Allemagne nazie et en Russie soviétique. George Orwell voit dans la technocratie un précurseur du fascisme.

Dans nombre de pays d’Europe, cependant, le mot a toujours des connotations positives. Des démocraties de dimensions modestes, comme les Pays-Bas, ont souvent recours à des technocrates pour jouer les médiateurs au sein de coalitions gouvernementales turbulentes ou entre employeurs et employés. Dans les anciens Etats communistes d’Europe centrale et orientale, les technocrates ont joué un rôle essentiel lorsqu’il s’est agi de négocier la transition entre régime autoritaire et démocratie.

“Il y a sans doute moins de technocrates actuellement au pouvoir en Europe que dans les années 1990”, suggère Kevin Featherstone, professeur de politique européenne à la London School of Economics (LSE). La situation n’est en effet pas nouvelle en Italie, où Giuliano Amato, professeur de droit, avait été nommé Premier ministre après l’expulsion de l’Italie du Système monétaire européen, en 1992. De même, Carlo Azeglio Ciampi, ancien secrétaire général de la Banque d’Italie, et l’économiste Lamberto Dini n’ont jamais été élus, mais nommés par le président pour superviser les réformes.

Peut-on pour autant en conclure que la technocratie vaut mieux que la démocratie ? Evidemment non. Mais il serait bon de reconnaître que le règne temporaire des technocrates est peut-être un aspect acceptable –  voire nécessaire – du processus démocratique en temps de crise. Ferions-nous davantage confiance aux membres du gouvernement britannique si la plupart d’entre eux n’étaient pas passés directement de l’université à la politique ? Je pense que oui. Les “ingénieurs” ne seront sans doute jamais apolitiques, mais ils sont peut-être moins politiciens que ceux qui sont entrés en politique pour devenir des hommes politiques.

Et si le seul défaut des technocrates, c’était de manquer de charisme et de faire l’économie d’une communication onéreuse ? “La médiocrité en politique ne doit pas être méprisée”, écrivait l’écrivain allemand (et eurosceptique) Hans Magnus Enzensberger. “La grandeur n’est pas indispensable.”

11:21 Écrit par bk212103 dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

02/12/2011

L'addiction au charbon nous sera fatale


Pour quiconque ressortirait émerveillé des salles d'exposition de la conférence de Durban, la tête pleine d'images de technologies dernier cri dans le domaine des énergies renouvelables, le réveil risque d'être rude. Car c'est sans doute à ce terminal que ressemble en réalité notre avenir énergétique, et il y a de quoi trembler.

Le royaume du tout-puissant charbon ne cesse de s'étendre. La réaction de notre monde au changement climatique est si déconcertante que le combustible le plus sale de tous représente d'année en année une part plus importante de l'énergie planétaire. A Durban, on ne va parler que des moyens de nous défaire de notre addiction. Mais, tandis que les discussions traînent en longueur – de Nairobi en 2006 à Bali, puis Poznan, Copenhague et maintenant Durban –, cette dernière ne fait que s'aggraver. Quand les pourparlers ont débuté il y a cinq ans, la houille fournissait 25 % de notre énergie primaire. Ce chiffre est aujourd'hui de 29,6 %. Entre 2009 et 2010, la consommation mondiale a augmenté de presque 8 %.

Les écologistes peuvent certes saluer la volonté de l'Afrique du Sud d'organiser la conférence de Durban. D'ailleurs, il faut reconnaître qu'elle a proposé de réduire ses émissions de carbone. Mais le fait est qu'actuellement le pays affiche des émissions de pays riche dans un pays fondamentalement pauvre. Ses rejets de CO2 par habitant sont supérieurs à ceux du Royaume-Uni, alors que son PIB est six fois moins important. L'Afrique du Sud représente environ 40 % des émissions de CO2 liées aux combustibles fossiles en Afrique.

Le responsable n'est autre que le charbon. La production d'énergie à partir de la combustion de ce minerai émet deux fois plus de CO2 que le recours au gaz naturel. L'Afrique du Sud est l'un des pays de la planète les plus dépendants du charbon : 93 % de son électricité en proviennent, pour 80 % en Chine, 70 % en Inde et 45 % aux Etats-Unis. Outre sa dépendance nationale, l'Afrique contribuecahrb.jpg également à entretenir l'addiction désastreuse du reste du monde. Elle est le troisième principal exportateur pour les centrales thermiques. Ses mines gigantesques de la province de Mpumalanga [dans le nord-est du pays] alimentent un flot constant de trains en direction de Richards Bay. Le terminal peut traiter 91 millions de tonnes de charbon par an – de quoi dégager plus de 200 millions de tonnes de CO2. Les géants miniers Anglo American et BHP Billiton transportent ce combustible en Europe et, de plus en plus, vers les nouvelles puissances industrielles d'Asie.

Le monde est en pleine ruée vers le charbon. L'année dernière, en dépit de tous les grands discours politiques sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, les émissions mondiales de CO2 de source énergétique (+ 5,8 %) ont augmenté plus vite que la consommation mondiale d'énergie. L'économie planétaire est en train de devenir plus polluante.

La situation donne jusqu'à présent raison aux cyniques : le durcissement des mesures de limitation des émissions dans les pays riches se traduit par une augmentation des rejets à l'échelle mondiale, en raison de la délocalisation des industries gourmandes en énergie vers les pays plus pauvres, où la réglementation est plus laxiste. Tandis que bien des économies occidentales sont à la peine, les pays en développement, eux, sont nombreux à enregistrer une croissance rapide. Or ils sont encore souvent très dépendants du charbon, d'où l'assujettissement croissant de l'économie mondiale à l'énergie la plus sale qui soit.

La Chine a beau être le premier producteur mondial d'éoliennes et de panneaux solaires, elle a doublé sa consommation de charbon au cours des huit dernières années. En 2010, pas moins de 48 % du charbon utilisé dans le monde l'a été par la Chine. Les routes chinoises sont encombrées de camions de transport qui partent des mines pour livrer les centrales électriques.


 

07:45 Écrit par bk212103 dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

28/11/2011

La liberté est-elle une chimère?

Sommes-nous réellement libres ou volontaires pour le devenir ? Pouvons-nous y parvenir pour autant ?

 


Au sens pur et étymologique, libre du latin liber, signifie indépendant. Indépendant : ne dépendre de rien ni de personne ? Nous disons « être libre », soit vivre libre. Pour vivre, nous devons considérer et contenter nos besoins, nécessaires à cette existence.

 

Vivre libre, c'est disposer de nous-mêmes et des ressources terrestres moyennant la satisfaction de nos nécessités par nos facultés propres. Pour saisir l'être indépendant, sa liberté, il est ainsi nécessaire de comprendre le marché de ses nécessités qui correspondent aux besoins essentiels à notre existence.

 


Il y a différentes variétés de besoins.

 

- Le besoin vital, soit les nourritures alimentaires et spirituelles.
- Le besoin matériel, qui peut être individuel et collectif à la fois.
- Le besoin social, collectif par défaut, car il implique les échanges et permet de disposer de forces élargies par l'union de plusieurs.

liberte.jpg


Pour le besoin vital, il faut alimenter et protéger notre corps et notre esprit. Pour le second besoin, matériel, nous devons disposer de matières premières, issues des ressources terrestres. Il s'agit enfin de répondre à notre besoin social : il faut nous organiser, de telle sorte que l'ensemble puisse cohabiter. Chercher des réponses collectives à des questions collectives, qu'elles concernent la survie ou le bon voisinage. Si une défaillance survient dans le contentement de l'un ou l'autre de ces besoins, alors l'édifice s'ébranle et s'écroule.

 


L'individu est donc menacé si son premier besoin n'est pas couvert. Il l'est aussi s'il ne dispose pas des ressources nécessaires à la satisfaction de ses besoins. La société est en sursis si en son sein l'individu est insatisfait. C'est cette conscience essentielle qui pousse l'humain, la matière comme la société à s'agréger dans un tryptique, idéalement harmonieux. Mais c'est aussi cette conscience qui crée un état de dépendance entre ces éléments. L'individu ne peut donc envisager de liberté sans compter sur lui-même, sans matière, sans société. Il est lié à son corps, à son environnement immédiat, au reste des hommes.

 


La Personne, pour prétendre disposer de toute son indépendance, est d'abord exposée à un ensemble complexe de devoirs qui nécessite de nombreux efforts. Elle ne peut envisager de vivre librement sans répondre à ses besoins. En conséquence, il est possible de dire que pour parvenir à éclore la liberté supporte des contraintes et des efforts contradictoires que nous devons connaître et apaiser, à chaque niveau ( individuel, matériel, sociétal ).

 

 

08:33 Écrit par bk212103 dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

19/11/2011

Ombre

Avez-vous remarqué que l'ombre n'a pas bonne presse dans notre culture ? C'est sans doute dû à sa noirceur, à son caractère impalpable, insaisissable, à la maléfique faculté qu'elle a de se glisser partout, de se tordre, de se casser, à l'impossibilité de s'en débarrasser. Les mots le disent : faire de l'ombre, une ombre au tableau, lâcher la proie pour l'ombre... 


L'ombre est lourde d'angoisses, chargée de toutes les peurs, les interrogations, les mystères que souffre l'âme humaine. Le royaume des ombres, c'est le pays de la mort. 


Mais, en même temps, l'ombre est comme le double du corps. Dans de nombreuses cultures, il est interdit de marcher sur l'ombre de quelqu'un comme de jouer avec la sienne. L'ombre est un double du corps, quasi son âme. 


Dans le chant V du Purgatoire ( La Divine Comédie, 1306 -1321), les âmes s'aperçoivent que Dante n'est pas des leurs car lui seul projette une ombre: « Quand ils s'aperçurent que je faisais obstacle avec mon corps aux rayons du soleil, leur chant se mua en un oh long et rauque et je les vis me regarder avec stupeur : moi seul, moi seul, et la lumière brisée. » 

ombre.jpg
Dante a une ombre dans un monde où il n'y en a pas. 
Le thème de l'ombre, du double, est fréquent dans la littérature fantastique: Chamisso, Hoffmann, Andersen, Hoffmannstahl l'ont traité. Perdre son ombre, c'est perdre une part de soi, une part de son âme. Et c'est aussi ne plus avoir de prise sur le non - moi. Thème riche en conséquences psychologiques et philosophiques. C'est qu'il vaut mieux ne pas être une ombre dans l'imaginaire occidental : ombrageux, porter ou prendre ombrage, lâcher la proie pour l'ombre...


Et pourtant ! Si on mettait l'ombre en lumière, quand bien même, à première vue, elle n'inspire guère confiance !

10:49 Écrit par bk212103 dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

09/11/2011

CHINE : DANGER

Il me semble évident que l’avènement d’une souveraineté politico-financière chinoise sur notre vieux continent précipiterait le déclin de la civilisation européenne telle que nous l’avons connue, rêvée et aimée (ne serait-ce que dans nos visions idéales).

Je crains que ce ne soit une grave menace pour les fondements culturels de la civilisation occidentale européenne moderne : souveraineté politique du peuple, liberté de pensée et d’expression, droits des travailleurs et du citoyen, autonomie de chacun, solidarité entre les individus réunis en société, valeur de la personne, sécurité alimentaire, respect du caractère sacré de la vie.

Oui, je crains tout cela, pas seulement parce que j’ai encore devant les yeux ce jeune homme qui, place Tien An Men, avait affronté un tank, armé seulement de ses deux sacs de courses (n’oublions pas que le jeune homme était, lui aussi, Chinois), ou parce que je prévoit un conflit de civilisation entre l’Europe et la Chine, mais parce que je suis effrayé par la dérive d’un capitalisme financier dont les fonds souverains chinois représentent aujourd’hui le fer de lance, par un usage du capitalisme conçu pour financer le travail et l’entreprise mais qui a fini par les enterrer.

09:56 Écrit par bk212103 dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

29/10/2011

QUITTER FACEBOOK ? ? ?

 

On n'y parvient pas. Au moment où on nous demande une confirmation de suppression de compte, on appuie sur "Annuler".

 

Pour se rassurer, on se dit qu'on peut le faire demain ou à un autre moment.

Si on n'a pas encore quitté Facebook, c'est parce que c'est bien utile quand même. Voici dix raisons pour lesquelles on y reste, coûte que coûte.

1.  C'est pratique. Facebook rappelle tous les anniversaires de ses "amis".

2. Parce qu'à notre anniversaire, on est inondés de messages. Ca flatte l'égo.

3. Idem pour les photos. Une belle photo de soi? Très bien, on la publie. Il y a toujours bien un "ami" qui va la commenter.

4. Ça assouvit notre curiosité. On y apprend souvent des ruptures, des grossesses, des naissances... On peut regarder les photos de telle et telle personne et se dire qu'il/elle a bien changé (en bien ou en mal, évidemment).

5. Parce qu'on peut rester en contact poli avec son cousin éloigné qui est parti vivre aux Antipodes. Et c'est gratuit, contrairement au téléphone.

6. On a l'impression d'être moins seul. Une réplique drôle dans un film? Hop! On la poste sur le site et on attend les réactions.

7. Le souvenir. Facebook, c'est avant tout retrouver des connaissances, des amitiés perdues dans le tourbillon de la vie... Alors, quand l'un des "vieux" amis poste une photo de classe datant de 1990, on sourit et on ne peut s'empêcher de se remémorer ce temps-là.

8. On y retrouve d'autres personnes avec le même nom et prénom que soi. Et ça, c'est plutôt sympa. On a envie de faire leur connaissance. Un peu.

9. C'est l'endroit où on peut défier ses amis à des jeux et des tests stupides. Et comparer les scores, en toute discrétion.

10. Parce qu'on a peur, en quittant cette sphère virtuelle de mourir un peu.

 

Supprimer son profil, c'est symbolique.

 

07:52 Écrit par bk212103 dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

27/10/2011

Pourquoi meurt-on encore de faim de nos jours ?

Il y a cinq grandes raisons : premièrement, la spéculation financière sur les matières premières alimentaires qui a fait flamber leurs prix ces dernières années et rendu quasiment impossible aux agences d’aide, comme le Programme alimentaire mondial (PAM) de subvenir aux besoins des populations victimes de sous-alimentation.

Il y a ensuite les agrocarburants, qui soustraient des terres fertiles et des plantes nourricières à l’alimentation humaine. Troisièmement, il y a la dette extérieure, qui étrangle les pays les plus pauvres et les empêche d’investir dans l’agriculture de subsistance.

Après, il y a le dumping agricole, qui fait que, sur les marchés de Dakar ou de Cotonou, les fruits, les légumes et les poulets français, grecs, portugais, allemands etc. sont vendus au tiers ou à la moitié du prix du produit africain équivalent. Enfin, il a l’accaparement des terres par les fonds d’investissement ou les grandes multinationales, qui en chassent les paysans locaux pour y cultiver des produits destinés exclusivement aux marchés occidentaux.

Elle a une responsabilité totale dans le dumping agricole. A commencer par la France : en 2005, lors des négociations de Hong Kong au sein de l'OMC, le secrétaire général de l'organisation, Pascal Lamy, avait proposé de baisser progressivement les aides à l'exportation jusqu'à les faire disparaître en cinq ans.

Et on s'y est farouchement opposée, car elle veut maintenir ses subsides à l'exportation, notamment à cause du poids des chambres de commerce agricoles. Et donc le dumping continue, alors que l'Afrique est sous-peuplée, qu'elle a une classe paysanne extraordinaire…et massacrée, car les paysans ne parviennent pas à écouler leur production. 

 

07:20 Écrit par bk212103 dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook