07/05/2011

GLOSSAIRE

 

Qu’est-ce qu’un glossaire?

A. Rey. – Un glossaire reprend, par ordre d’apparition dans un texte, les mots obscurs. La lexicographie anglaise, par exemple, fait tout de suite la différence entre les mots courants et les hard words – empruntés au latin, au normand, au grec. On fait des glossaires dès après Aristote, parce que déjà l’on ne comprend plus très bien l’Iliade et l’Odyssée. Petit à petit, au Moyen Âge, on a classé les mots par initiale: tous les a, tous les b, tous les c. Puis on a classé par ordre alphabétique intégral, avec aa, ab, ac, etc. On pouvait imaginer un classement thématique, images.jpgplus intelligent, mais l’ordre alphabétique, parce qu’on le connaissait parfaitement, a prévalu.

N. O.L’ordre alphabétique est neutre, du point de vue dogmatique.

A. Rey. – Oui, c’est très important. Le regroupement est toujours fait en fonction d’une certaine idéologie. Par exemple, pour le monde chrétien, c’est la Genèse qui fixe l’ordre. Le Miroir du monde de Vincent de Beauvais, la grande encyclopédie médiévale, est classé en suivant les jours de la création: la terre, la mer, les animaux, etc. Cet ordre était mémorisé par tous ceux qui savaient lire, et qui étaient tous des clercs, justement. La Renaissance, outre les progrès techniques, sociaux (de plus en plus de gens savent lire), montre de telles échappées hors du monde chrétien. Les Arabes, eux, ont continué de respecter le Coran de la même manière, mais ont testé toutes les manières possibles et imaginables d’en décrire la langue, et cela entre notre VIIIe et notre XVe siècle.

N. O.Ils avaient très tôt «pensé/classé», comme disait Perec.

A. Rey. – Oui, très tôt. «Penser/classer», on le fait dès les Sumériens, c’est vrai. Mais on ne peut pas encore parler de «dictionnaire», qui est, dans notre conception, l’explication d’une langue par cette même langue. Les dictionnaires bilingues occidentaux, eux, sont antérieurs.

N. O.Le dictionnaire est donc un ouvrage qui se mord la queue, puisqu’il faut connaître les mots qu’il contient pour le consulter. Paul Robert, avec son dictionnaire analogique, échappe à ce cercle vicieux. Etait-il le premier?

A. Rey. – Non, son modèle était celui de Jean-Baptiste Prudence Boissière, qui date de 1862. Martin du Gard, qui l’avait vu chez Gide, a cru que là était le secret de son style et de la richesse de son vocabulaire. Il l’a cherché, acheté chez un bouquiniste, fort cher et en mauvais état, essaie de s’en servir, et y renonce. Quelques années plus tard, Gide lui a avoué qu’il était incapable de l’employer. Certains usages sont mythiques: certains dictionnaires sont censés rendre des services et n’en rendent pas, si l’on ne sait pas l’utiliser

 

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06/05/2011

RAFLE du Vél’ d’Hiv’

·          Les adultes non accompagnés d’enfants : autobus pour Drancy. Adultes avec enfants : autobus pour le Vélodrome d’Hiver. Ainsi furent répartis les juifs raflés à Paris les 16 et 17 juillet 1942. Ainsi s’explique qu’il y eut deux fois plus de femmes que d’hommes au Vél’ d’Hiv’, les hommes souvent se cachant hors de chez eux puisque, ainsi que la plupart le pensaient, « ils ne prendront pas les femmes et les enfants » : 3 031 hommes, 5 802 femmes, 4 051 enfants.

On en a tellement lu. Qu’est-ce qu’un livre de plus peut nous apprendre en 2011 ? Celui-ci nous plonge au plus près de cette enceinte sportive transformée par l’administration française en antichambre de l’extermination. Il nous donne à voir en fac-similé, retranscrites pour la première fois et accompagnées de photographies de leurs auteurs et des enfants, les dix-huit lettres connues, envoyées du Vél’ d’Hiv’ puis du camp de Pithiviers.

Dix-huit lettres, de quatorze femmes dont une seule a survécu, confiées à des gardiens, à des pompiers, où on lit, écrit du Vél’ d’Hiv’ : « Je vous assure qu’on croit rêver, ce n’est pas possible qu’une chose aussi horrible nous est arrivée » ; « mon père aussi se fait du mauvais sang et il vous demande de passer chez son patron lui expliquer son cas » ; « Rose et Jeannot sont aussi là » ; « je ne veux pas que mon enfant meure en Pologne, je veux mourir sans lui » ; « Jeannot [il a 4 ans] pleure tout le temps parce qu’il veut retourner à la maison ».

Après cinq jours, le Vél’ d’Hiv’ étant évacué, lettres écrites de Pithiviers, avant le départ pour Drancy et la suite : « Il n’y a qu’un sentiment qui emplit mon cœur : vengeance, c’est tout » ; « on a tout pris aux gens qui sont partis, ils n’ont plus rien. Je serai comme eux » ; « quand la moisson sera finie, elle reviendra ».

Puis il fallut bien qu’il y eût un peu d’humour, hein, avec des juifs, c’est forcé. Alors, du Vél’ d’Hiv’ : « Nous sommes tous assis tout autour, sur les fauteuils comme au spectacle, mais ce sont nous les artistes. Inutile de vous dire que c’est archiplein. »

( Delfeil de Ton - " Je vous écris du Vél’ d’Hiv’. Les lettres retrouvées ")


 

 

08:17 Écrit par bk212103 dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

RAFLE du Vél’ d’Hiv’

·          Les adultes non accompagnés d’enfants : autobus pour Drancy. Adultes avec enfants : autobus pour le Vélodrome d’Hiver. Ainsi furent répartis les juifs raflés à Paris les 16 et 17 juillet 1942. Ainsi s’explique qu’il y eut deux fois plus de femmes que d’hommes au Vél’ d’Hiv’, les hommes souvent se cachant hors de chez eux puisque, ainsi que la plupart le pensaient, « ils ne prendront pas les femmes et les enfants » : 3 031 hommes, 5 802 femmes, 4 051 enfants.

On en a tellement lu. Qu’est-ce qu’un livre de plus peut nous apprendre en 2011 ? Celui-ci nous plonge au plus près de cette enceinte sportive transformée par l’administration française en antichambre de l’extermination. Il nous donne à voir en fac-similé, retranscrites pour la première fois et accompagnées de photographies de leurs auteurs et des enfants, les dix-huit lettres connues, envoyées du Vél’ d’Hiv’ puis du camp de Pithiviers.

Dix-huit lettres, de quatorze femmes dont une seule a survécu, confiées à des gardiens, à des pompiers, où on lit, écrit du Vél’ d’Hiv’ : « Je vous assure qu’on croit rêver, ce n’est pas possible qu’une chose aussi horrible nous est arrivée » ; « mon père aussi se fait du mauvais sang et il vous demande de passer chez son patron lui expliquer son cas » ; « Rose et Jeannot sont aussi là » ; « je ne veux pas que mon enfant meure en Pologne, je veux mourir sans lui » ; « Jeannot [il a 4 ans] pleure tout le temps parce qu’il veut retourner à la maison ».

Après cinq jours, le Vél’ d’Hiv’ étant évacué, lettres écrites de Pithiviers, avant le départ pour Drancy et la suite : « Il n’y a qu’un sentiment qui emplit mon cœur : vengeance, c’est tout » ; « on a tout pris aux gens qui sont partis, ils n’ont plus rien. Je serai comme eux » ; « quand la moisson sera finie, elle reviendra ».

Puis il fallut bien qu’il y eût un peu d’humour, hein, avec des juifs, c’est forcé. Alors, du Vél’ d’Hiv’ : « Nous sommes tous assis tout autour, sur les fauteuils comme au spectacle, mais ce sont nous les artistes. Inutile de vous dire que c’est archiplein. »

( Delfeil de Ton - " Je vous écris du Vél’ d’Hiv’. Les lettres retrouvées ")


 

 

08:17 Écrit par bk212103 dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

05/05/2011

PROFIL sur FACEBOOK

Sur Facebook, personne ne sait quel profil vous êtes en train d'espionner. C'est la base du contrat social du site: on vous demande de mettre de nombreuses informations personnelles en ligne, mais en échange vous avez le droit de consulter librement et en toute impunité quantité d'informations sur vos contacts.

C'est ainsi que naît le «stalking», mot anglais dont la traduction se situe entre l'espionnage et la filature, mais qui prend sur les réseaux sociaux un sens nettement plus inoffensif. Le «stalking» est une activité normale d'un jeune qui s'ennuie devant son ordi, une errance numérique au milieu des données disséminées par ses amis, l'équivalent social d'un zapping sur les 500 chaînes de son abonnement satellite.

Si une application permettait de déterminer qui a visité son profil, ce serait la mort instantanée du «stalking», faisant chuter le nombre de pages vues et donc le nombre d'affichage de publicités. Facebook encourage d'ailleurs discrètement l'espionnage de profil, comme en témoigne le lancement en mai dernier de la fonctionnalité «Photos souvenirs», qui fait remonter dans la colonne de droite des photos issues du fin fond des albums de ses amis.

Plus récemment, Facebook a lancé les pages «Friendship» qui affichent toutes les interactions avec une personne en particulier, une forme de «stalking» prémâché.

 

08:14 Écrit par bk212103 dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

04/05/2011

DECES DE DESANTI

Des années 30 à aujourd'hui, Dominique Desanti revisite le monde d'hier. A quoi rêvaient les jeunes filles d'avant-guerre? Aux poètes et aux écrivains. La petite Dominique Persky – son père était d'origine russe – apprenait par cœur «Nadja», «les Nourritures terrestres» ou «le Cimetière marin».

Elle allait guetter André Breton dans les cafés de la place Blanche ou déposer en secret des roses rouges sur le paillasson de Paul Valéry tous les 30 octobre, date de l'anniversaire du poète.

Et puis il y eut la rencontre avec la bande des normaliens de la Rue-d'Ulm. Elle fut leur professeur de paso doble et de tango. Elle ne parvint pas à apprendre le moindre pas à un jeune philosophe corse de 23 ans, «imprévisible et joyeux», et dont le sourire était si mystérieux. Mais Touky devint l'homme de sa vie. De la création du Zoo, comité estudiantin de rébellion, au lancement du bulletin «Sous la botte» pendant les premiers mois d'Occupation, de la résistance active à Clermont-Ferrand à l'engagement stalinien d'après-guerre, le couple partagea les mêmes passions et les mêmes aveuglements. Les mêmes amis aussi: Césaire, Desnos, Cavaillès, Merleau-Ponty, Groethuysen, Althusser, Aragon, Sartre.

Dominique Desanti admira follement Simone de Beauvoir. Castor fut son mentor en liberté conjugale et en liberté tout court. Dominique et Touky furent dès leur rencontre un couple sartrien, les règles étaient simples: transparence absolue, coexistence entre l'amour nécessaire et les amours contingentes. Ce contrat amoureux ne protège pas bien sûr des accidents de la jalousie ni des blessures du cœur. Une fois ils faillirent se perdre, mais il était dit qu'ils ne se quitteraient jamais.

L'autre grand homme de sa vie fut son père, qui l'éleva seul et qui tomba sous les balles d'un SS en août 1944. Dominique Desanti a dédié son livre à cet homme généreux et élégant dont l'assassinat – qu'elle garda durant des années comme un secret inavouable – fut le drame absolu de sa vie:

Ce fut donc jusqu'en 1956 l'adhésion corps et âme à la contre-société communiste. Les Desanti, pris dans «la magie déréalisante du Parti», furent des stals purs et durs, dressés à combattre les «hitléro-trotskistes», les «traîtres titistes» ou autres opportunistes boukhariniens.

Les révélations du XXe Congrès soviétique les délivrèrent de leur foi collective, sectaire et dévorante. Heureusement, après la rupture, l'amour et l'amitié leur donnèrent le courage de revivre et de «redevenir soi-même». Sans repentir. En bon spinoziste, Jean-Toussaint Desanti rappelle que «le repentir n'est pas une vertu».

 

07:25 Écrit par bk212103 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

02/05/2011

DEMOCRATIE

On se gave actuellement du mot « démocratie ».

 

Il faut cependant garder toujours en mémoire ces paroles du sinistre Joseph GOEBBELS :

« Cela restera toujours l’une des meilleures farces de la démocratie d’avoir elle-même fourni à ses ennemis mortels le moyen par lequel elle fût détruite … ».

 

PLATON dans « La République » écrivait :

« …il est dès lors très vraisemblable que la tyrannie ne puisse prendre forme qu’à partir d’aucune autre constitution politique que la démocratie … ».

 

MONTESQUIEU (« L’Esprit des Lois ») nous rappelle :

« Les politiques grecs qui vivaient dans le gouvernement populaire, ne reconnaissaient pas d’autre force qui pût le soutenir que celle de la vertu. Ceux d’aujourd’hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce, de finances, de richesses, et de luxe même. »

 

La question reste: nos élus sont-ils vertueux ?

 

Et la « démocratie » ne serait-elle devenue qu’un moyen pour quelques uns de confisquer le « pouvoir » à leur seul profit et à celui des proches ? En Belgique on a même inventé la « démocratie héréditaire des fils et filles de … » et le népotisme est devenu un sport « démocratique » et la tare qui  causera la perte de nos pays… Nous n’avons hélas pas de leçons à donner aux dictatures d’Afrique du Nord !

 

Historiquement et étymologiquement, le népotisme est une forme de favoritisme qui régnait au Vatican, en particulier au XVIe siècle, consistant pour un pape à attribuer des titres, des donations ou des faveurs à ses parents, notamment à ses neveux, d’où l’origine du mot.

De nos jours, et par extension, le népotisme désigne une pratique qui, pour un
responsable (élu, haut fonctionnaire, notable, dirigeant d’entreprise...), consiste à distribuer des honneurs, des avantages ou des emplois à des membres de sa famille, à des amis ou à des proches, plutôt qu’aux personnes qui y ont droit (logement, par exemple) ou qui sont les plus compétentes.  

 

Le népotisme est donc un abus d’influence et d’autorité qui génère des injustices en écartant « ceux qui ne sont pas de la famille ». Il s’apparente au clientélisme, voire à des pratiques mafieuses.

 

08:07 Écrit par bk212103 dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook