02/12/2011

L'addiction au charbon nous sera fatale


Pour quiconque ressortirait émerveillé des salles d'exposition de la conférence de Durban, la tête pleine d'images de technologies dernier cri dans le domaine des énergies renouvelables, le réveil risque d'être rude. Car c'est sans doute à ce terminal que ressemble en réalité notre avenir énergétique, et il y a de quoi trembler.

Le royaume du tout-puissant charbon ne cesse de s'étendre. La réaction de notre monde au changement climatique est si déconcertante que le combustible le plus sale de tous représente d'année en année une part plus importante de l'énergie planétaire. A Durban, on ne va parler que des moyens de nous défaire de notre addiction. Mais, tandis que les discussions traînent en longueur – de Nairobi en 2006 à Bali, puis Poznan, Copenhague et maintenant Durban –, cette dernière ne fait que s'aggraver. Quand les pourparlers ont débuté il y a cinq ans, la houille fournissait 25 % de notre énergie primaire. Ce chiffre est aujourd'hui de 29,6 %. Entre 2009 et 2010, la consommation mondiale a augmenté de presque 8 %.

Les écologistes peuvent certes saluer la volonté de l'Afrique du Sud d'organiser la conférence de Durban. D'ailleurs, il faut reconnaître qu'elle a proposé de réduire ses émissions de carbone. Mais le fait est qu'actuellement le pays affiche des émissions de pays riche dans un pays fondamentalement pauvre. Ses rejets de CO2 par habitant sont supérieurs à ceux du Royaume-Uni, alors que son PIB est six fois moins important. L'Afrique du Sud représente environ 40 % des émissions de CO2 liées aux combustibles fossiles en Afrique.

Le responsable n'est autre que le charbon. La production d'énergie à partir de la combustion de ce minerai émet deux fois plus de CO2 que le recours au gaz naturel. L'Afrique du Sud est l'un des pays de la planète les plus dépendants du charbon : 93 % de son électricité en proviennent, pour 80 % en Chine, 70 % en Inde et 45 % aux Etats-Unis. Outre sa dépendance nationale, l'Afrique contribuecahrb.jpg également à entretenir l'addiction désastreuse du reste du monde. Elle est le troisième principal exportateur pour les centrales thermiques. Ses mines gigantesques de la province de Mpumalanga [dans le nord-est du pays] alimentent un flot constant de trains en direction de Richards Bay. Le terminal peut traiter 91 millions de tonnes de charbon par an – de quoi dégager plus de 200 millions de tonnes de CO2. Les géants miniers Anglo American et BHP Billiton transportent ce combustible en Europe et, de plus en plus, vers les nouvelles puissances industrielles d'Asie.

Le monde est en pleine ruée vers le charbon. L'année dernière, en dépit de tous les grands discours politiques sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, les émissions mondiales de CO2 de source énergétique (+ 5,8 %) ont augmenté plus vite que la consommation mondiale d'énergie. L'économie planétaire est en train de devenir plus polluante.

La situation donne jusqu'à présent raison aux cyniques : le durcissement des mesures de limitation des émissions dans les pays riches se traduit par une augmentation des rejets à l'échelle mondiale, en raison de la délocalisation des industries gourmandes en énergie vers les pays plus pauvres, où la réglementation est plus laxiste. Tandis que bien des économies occidentales sont à la peine, les pays en développement, eux, sont nombreux à enregistrer une croissance rapide. Or ils sont encore souvent très dépendants du charbon, d'où l'assujettissement croissant de l'économie mondiale à l'énergie la plus sale qui soit.

La Chine a beau être le premier producteur mondial d'éoliennes et de panneaux solaires, elle a doublé sa consommation de charbon au cours des huit dernières années. En 2010, pas moins de 48 % du charbon utilisé dans le monde l'a été par la Chine. Les routes chinoises sont encombrées de camions de transport qui partent des mines pour livrer les centrales électriques.


 

07:45 Écrit par bk212103 dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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