19/11/2011

Ombre

Avez-vous remarqué que l'ombre n'a pas bonne presse dans notre culture ? C'est sans doute dû à sa noirceur, à son caractère impalpable, insaisissable, à la maléfique faculté qu'elle a de se glisser partout, de se tordre, de se casser, à l'impossibilité de s'en débarrasser. Les mots le disent : faire de l'ombre, une ombre au tableau, lâcher la proie pour l'ombre... 


L'ombre est lourde d'angoisses, chargée de toutes les peurs, les interrogations, les mystères que souffre l'âme humaine. Le royaume des ombres, c'est le pays de la mort. 


Mais, en même temps, l'ombre est comme le double du corps. Dans de nombreuses cultures, il est interdit de marcher sur l'ombre de quelqu'un comme de jouer avec la sienne. L'ombre est un double du corps, quasi son âme. 


Dans le chant V du Purgatoire ( La Divine Comédie, 1306 -1321), les âmes s'aperçoivent que Dante n'est pas des leurs car lui seul projette une ombre: « Quand ils s'aperçurent que je faisais obstacle avec mon corps aux rayons du soleil, leur chant se mua en un oh long et rauque et je les vis me regarder avec stupeur : moi seul, moi seul, et la lumière brisée. » 

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Dante a une ombre dans un monde où il n'y en a pas. 
Le thème de l'ombre, du double, est fréquent dans la littérature fantastique: Chamisso, Hoffmann, Andersen, Hoffmannstahl l'ont traité. Perdre son ombre, c'est perdre une part de soi, une part de son âme. Et c'est aussi ne plus avoir de prise sur le non - moi. Thème riche en conséquences psychologiques et philosophiques. C'est qu'il vaut mieux ne pas être une ombre dans l'imaginaire occidental : ombrageux, porter ou prendre ombrage, lâcher la proie pour l'ombre...


Et pourtant ! Si on mettait l'ombre en lumière, quand bien même, à première vue, elle n'inspire guère confiance !

10:49 Écrit par bk212103 dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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