24/10/2011

LE BAISER

C'est l'acte le plus simple et le plus mystérieux, qui mêle douceur et véhémence: il inaugure la vie et la clôt, puisque nous embrassons le nouveau-né autant que l'agonisant.

Sur le thème plusieurs techniques, celle du pinceau où les langues pratiquent des incursions l'une contre l'autre, celle du bâton qui produit un simulacre de pénétration «dans la mièvrerie émolliente de la bouche», on voit le baiser comme l'invasion Le BAISER.jpgde la chair par l'esprit, qui détourne cet orifice de ses fonctions alimentaires.

Le baiser, cette « morsure réprimée», sublime un élan carnivore, la passion de dévorer l'autre, de le cannibaliser comme le font les personnages de Sade, pressés d'infliger la douleur. Embrasser, c'est s'interdire de parler, congédier la langue au profit des langues qui s'entremêlent.

Cet acte, microscopique et fondamental, fut signe de fraternité dans le christianisme primitif, lieu de fusion des âmes à la Renaissance, symbole de l'abandon féminin dans le cinéma moderne. Il contient en lui toute une métaphysique, une cosmogonie qui le rendent plus riche peut-être que l'acte génital. Il y a toujours de bonnes raisons de s'embrasser et rien n'est plus destructeur pour un couple que l'oubli des baisers.

On voit aussi le baiser comme un abri qui unit deux âmes. Il a cette qualité d'être prodigue, de se dispenser par milliers - surtout dans la correspondance, il est de nature inflationniste. Sous sa forme passionnelle, le baiser n'a pris son autonomie que dans les années 1940 quand les amours juvéniles ont été autorisées hors mariage, mais c'est Hollywood, cette grande fabrique de stéréotypes universels, qui en a fait le synonyme de l'étreinte.

Dans son avidité furieuse, le baiser transforme les amants en un seul être androgyne, créature extatique qu'on peut admirer sur les bancs ou dans les parcs, figée par une adoration réciproque.

 

08:19 Écrit par bk212103 dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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