19/10/2011

Tristane Banon et DSK

Tristane Banon viendrait-elle d’inventer un genre littéraire? Son très attendu «Bal des hypocrites», qui sort au Diable Vauvert, navigue entre plusieurs eaux: les portes y sont trop ouvertes pour mériter l’appellation de roman à clé, et trop fermées pour recevoir celle de témoignage. L’éditeur ne s’est d’ailleurs pas hasardé à le cataloguer.

La sécheresse de la phrase, l’omniprésence du ressenti, l’auteur qui se déguise en narratrice: tout évoque l’autofiction à la mode Christine Angot, territoire que Tristane Banon arpentait déjà dans ses trois précédents romans. Mais quelque chose d’autre s’est glissé dans cette machinerie romanesque éprouvée.

« L’Affaire » dont il est question ici, nous l’avons tous vécue, elle s’est greffée à nos existences. On lit « le Bal des hypocrites » comme on a lu les innombrables articles, portraits, enquêtes et entrefilets qui se sont accumulés. On y pénètre à la fois comme un lecteur de Doubrovsky et comme un feuilleteur de « Paris-Match ». Ce livre, c’est du nombrilisme d’intérêt général, de l’intimisme à scandale.

Dominique Strauss-Kahn, qui ne sera finalement pas poursuivi pour avoir tenté en 2003, selon elle, de lui arracher son soutien-gorge, n’y est cité que par périphrase. La fameuse scène de l’agression n’est pas relatée. Tout se passe entre le 15 mai dernier, l’arrestation de « l’homme-babouin » à New York, et le moment où Tristane Banon décide… d’écrire un livre. Proust avait déjà fait le coup du roman-genèse du roman. Mais Proust ne portait pas de soutien-gorge, du moins pas en journée.

« Le Bal des hypocrites » n’est pas le chef-d’œuvre que personne n’attendait; mais il n’est pas non plus l’indigne prostitution de la littérature à fins médiatico-judiciaires qu’on pouvait – à bon droit – craindre. Certes, la petite blonde qui a divisé la France en deux prend le risque d’agacer à force de régler ses comptes. Mais le lecteur qui ne s’est pas fait une religion sur l’affaire Banon-DSK comprendra qu’elle a vraiment des comptes à régler. François Hollande, que l'on reconnaît aisément sous les traits de « l’ancien gros » qui la soutenait quand « l’ambition ne l’avait pas encore mangé tout entier », ou BHL, qui court les médias pour dénoncer son ambition médiatique, en prennent pour leur grade.

 

07:23 Écrit par bk212103 dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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