07/10/2011

Raï, son origine

Le regretté Saïm El-Hadj [il fut l’un des grands paroliers du raï] est l’un des rares Bélabbéssiens à soutenir que le berceau du raï était la région d’Aïn Témouchent. Il explique que cette dernière accueillait durant l’été, à l’occasion des travaux des champs, des milliers de saisonniers employés pour les moissons et les vendanges qui venaient de tous les coins d’Algérie, jusque du Sahara et du Maroc voisin.

Selon Lechlech Boumediène, chercheur en musicologie, le raï est né dans le triangle Oran, Tlemcen, Sidi Bel Abbès, Témouchent étant à équidistance des trois. Cependant, nuance-t-il, le raï a développé des carac­téristiques différentes d’une sous-région à une autre. Le raï, précise-t-il également, est à l’origine d’essence féminine. Plus précisément, c’est un chant des ouvrières agricoles, sachant que, dès la fin des années 1920, elles constituaient la main-d’œuvre favorite des colons, parce que taillables et corvéables à merci, plus que les hommes.

Le raï est né dans ces conditions socio-historiques d’oppression et d’exploitation coloniale, celles de l’exil, du déracinement, de la misère affective et sexuelle, du métissage et des bivouacs à travers la campagne. C’est bien après l’indépendance, lorsque le raï devient essentiellement citadin et qu’il accède au statut de world music, que la question de la paternité de telle ou telle ville surgit.

De la sorte, l’affirmation “El fen oua raï kharej mane Bel Abbès” (“L’art et le raï viennent de Bel Abbès”, dans une chanson du groupe Raïna Raï), est en partie vraie, parce que c’est là que le raï a trouvé plus qu’ailleurs refuge après l’indépendance, lui sur lequel l’opprobre officiel s’était abattu au point qu’il était relégué dans le ghetto des milieux interlopes. Le genre wahrani [style musical né à Oran dans les années 1930] était à ce moment l’apanage d’Oran : Ahmed Wahbi, ex-membre de la troupe du FLN, lui a apporté la caution de la légitimité révolutionnaire, alors que Blaoui El-Houari, Benzerga et Ahmed Saber étaient ses porte-drapeaux d’envergure.

La querelle entre les deux villes a fait perdre de vue que c’est par le biais de la “mamie du raï”, Cheikha El-Wachma (sachant que Cheikha Rimitti a été médiatiquement intronisée “mama du raï”), que Témouchent a, la première, marqué le genre de son empreinte. Les deux dames se sont affirmées à la fin des années 1940. Selon un témoignage digne de foi [le chanteur oranais] Blaoui El-Houari aurait affirmé qu’El-Wachma avait réussi la transition entre le genre baladi et ce qui allait devenir le raï et qui s’appellera par la suite raï trab [du terroir] par opposition au raï moderne.

Après Cheikha El-Wachma, d’autres Témouchentois rai.jpgse sont illustrés dans la saga du raï. L’un des plus essentiels est certainement Boutaiba Sghir (Hafif Mohamed à l’état-civil). Et, quelques petites années plus tard, il y eut l’avènement de Messaoud Bellemou, dont le groupe préfigure Raïna Raï, puisque lui aussi avait créé un ensemble dont le chanteur n’était qu’un élément.

En outre, comme pour Raïna Raï, l’instrumentation musicale est très élaborée. Si Bellemou est incontournable, c’est parce que, de tous les instruments qui ont révolutionné le raï, l’un des plus notables est la trompette, à laquelle Messaoud a ajouté le karkabou [crotales métalliques] et le tbal [timbales].

 

07:25 Écrit par bk212103 dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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