02/07/2011

RETOUR EN FORCE DE L’ANTIQUITE

Sur les écrans, dans les musées, comme en littérature, les thèmes liés à l’Antiquité connaissent un regain d’intérêt. Est-ce parce qu’ils font écho aux préoccupations de l’époque actuelle ?

Le péplum, un genre désuet ? Que nenni, répond l’exigeante Arte. La chaîne franco-allemande diffusera cet été les deux saisons de Rome . Cette série télévisée, qui raconte la fin de la République romaine à travers le destin de deux soldats, connaît depuis 2005 un succès critique et commercial planétaire. Elle a été tournée dans les studios italiens de Cinecittà et ses décors extérieurs coûtèrent si chers que les saisons 3, 4 et 5 ne purent être financées…

Paul Martin, professeur émérite de langue et littérature latine à l’université de Montpellier, est « frappé par ce retour à la mode du péplum. Ce genre a toujours épousé les préoccupations de l’époque. Dans les années 1920, il se réfère au début du christianisme, à une période de renouveau du christianisme et en réaction à la séparation entre Églises et État. Après la guerre, dans les années 1950, alors que les gens ont le sentiment que les choses sont en train de s’achever, la fin de Rome est abordée. C’est de nouveau le cas aujourd’hui. Dans Gladiator , le héros essaie de maintenir quelques valeurs dans un monde qui s’écroule. Cette ambiance de fin de civilisation se retrouve dans La Dernière Légion , qui raconte la chute peplum.jpgde l’Empire romain et les assauts désespérés pour le défendre. »

Jean-Luc Martinez, conservateur en chef du département des antiquités grecques, étrusques et romaines au Musée du Louvre, déplore lui aussi que « la violence et le sexe dominent dans cette Antiquité remise au goût du jour ».

Critiqué pour sa brutalité, 300 de Zack Snyder, inspiré d’un roman sur la bataille des Thermopyles en 480 av. J.-C., au cours de laquelle 300 Spartiates luttèrent victorieusement contre 700 soldats perses, a fait un tabac au box-office et a été décliné en jeu vidéo. Il n’a d’égal en scènes sanglantes que la série télévisée Spartacus : Blood and Sand de 2010, seulement diffusée en France par Orange Ciné Choc.

Cela en dit plus long, aux yeux de Jean-Luc Martinez sur notre société contemporaine que sur la civilisation gréco-romaine « qui connaissait certes une vraie violence, mais qui était aussi très policée et d’un grand raffinement ».

La littérature n’est pas en reste. Les Enfants d’Alexandrie de Françoise Chandernagor, narrant l’odyssée de Séléné, fille de Cléopâtre et Marc Antoine, caracole en tête des ventes. « Deux à trois romans sur l’Antiquité paraissent par mois. Et de plus en plus souvent, le héros est une femme », remarque Claude Aziza, professeur de langue et littérature latines à la Sorbonne nouvelle. Il a notamment co-traduit en latin la bande dessinée Murena de Dufaux et Delaby, saluée pour son sérieux historique et tirée à 150 000 exemplaires.

Astérix, Alix, Ben-Hur ou Les Aigles de Rome se vendent aussi encore très bien. Mais cet attrait pour l’Antiquité profite aussi aux « Budé », la collection bilingue en latin et grec des Éditions Les Belles Lettres, laquelle édite depuis 2006 des collections de poches (« Les classiques en poche », « La véritable histoire de… ») pour toucher un public plus large. Avec succès.

 

08:31 Écrit par bk212103 dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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