24/06/2011

République bananière

Dans Cabbages and Kings, sous le pseudonyme de O. Henry, en 1904, l'homme évoque ainsi pour la première fois "a small, maritime banana republic". L'expression allait entrer dans l'histoire de la langue, entraînant avec elle dans le registre des barbouzeries le destin tranquille de la banane.

Porter s'inspire directement de ce qui incarnera pour la postérité l'une des premières grandes multinationales sans foi ni loi, la United Fruit Company, actuelle Chiquita Brands International. Ce poids lourd de la banane créé en 1899 par le jeune Minor C. Keith domina pendant plusieurs décennies les "républiques bananières" d'Amérique centrale. En profitant de son monopole sur l'acheminement et la production des fruits exotiques, notamment au Guatemala, la compagnie parvint à corrompre les gouvernements d'Amérique latine pour qu'ils limitent les redistributions de terres en faveur des paysans, s'assurant par là un quasi-droit de préemption sur les terres agricoles qu'elle convoitait.

Devenue un véritable État dans l'État, la firme appuie, en 1954, la CIA dans le coup d'État contre le président guatémaltèque Jacobo Arbenz, qui plaidait pour une réforme profonde de l'agriculture, contraire aux intérêts de la United Fruit. Surnommée "la Pieuvre", la compagnie deviendra un allié précieux des Américains, usant de son influence en Amérique latine pour faire et défaire les dictateurs au gré de leurs intérêts communs. La République bananière était née.

Les écueils de la république sont inventoriés dans les commentaires :

- Des décisions soumises "inlassablementbanane.jpg au fait du prince", népotisme qui satisfait des faveurs à quelques-uns, au détriment de l'intérêt général.

- Des institutions négligées, un pouvoir judiciaire "pas vraiment libre et indépendant", des électeurs qui ne se déplacent plus car "ils n'ont plus confiance dans leurs institutions et dans la classe politique", classe perchée sur son "arrogant piédestal", oublieuse d'efficacité, ignorante "de l'éthique, du sens civique et... de la pudeur.

Le recours à la démagogie pour se maintenir au pouvoir, une fausse démocratie "de rues et de manifestations", à la frontière du poujadisme.

République bananière résonne comme l'injure suprême, le cri hurlé quand semble s'annoncer la tyrannie, ses intrigues et ses dissimulations. En négatif, l'expression en dit long sur la perception que les lecteurs ont d'un certain idéal républicain, sur leur exigence de probité, de rigueur, de transparence, d'honnêteté, d'efficacité. Entre un soupir las avant la déréliction républicaine et l'avertissement sévère du citoyen méfiant, l'expression république bananière anticipe un avenir angoissant.

 

08:08 Écrit par bk212103 dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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