26/05/2011

COMMERCE EQUITABLE MENACE

C’est à n’y rien comprendre. Dans les années 1990, quand le prix des produits agricoles était au plus bas, il fallait acheter « équitable » pour garantir un revenu décent aux petits paysans du Sud. « Les cours sur les marchés mondiaux ne permettent pas aux producteurs de vivre de leur travail », nous expliquait-on alors. 

 

Certes, mais aujourd’hui, les prix se sont envolés… Alors pourquoi les principaux acteurs de la filière tirent-ils donc à nouveau la sonnette d’alarme ? Pourquoi font-ils tous le même constat: l’augmentation des prix fragilise les fondements mêmes du commerce équitable ?

Pas si étonnant que ça au fond. Les cours des matières premières agricoles ont flambé à une vitesse et dans des proportions jamais vues. Le café, par exemple, est passé de 1,4 dollar (1 €) par livre en septembre dernier, à 2,96 dollars (2,1 €) cette semaine. Également la tonne de fèves de cacao, qui se négociait en mars à New York autour de 3666 dollars, le plus haut niveau depuis… 1979 ! 

 

Beaucoup plus inquiétant, avec la remontée des cours, les « coyotes » ont fait leur réapparition au bord des champs de café, de bananes ou de quinoa. Les coyotes, ce sont ces intermédiaires qui viennent acheter la récolte directement aux planteurs. Sans passer par les coopératives du commerce équitable. 

 

Tous les moyens sont bons pour convaincre les producteurs de céder les récoltes. Le plus souvent, ils arrivent les bras chargés de caisses de bière ou même d’un peu d’argent. Parfois, ils prêtent aussi des engrais ou dépannent d’un outil pour biner la terre.

Certains annoncent des prix élevés, beaucoup payent cash. Si bien qu’un nombre croissant de paysans se laisse convaincre, même parmi ceux qui se sont engagés à vendre une partie de leur récolte à une coopérative du commerce équitable. 

 

« De nombreuses coopératives sont menacées de disparition, regrette Marvin Lopez. Ces deux ou trois dernières années, certaines de nos associations ont perdu jusqu´à 40 % de leurs membres. »

Ces groupements d’agriculteurs familiaux sont pourtant un maillon essentiel dans la chaîne du commerce équitable. Les coopérativescommerce.jpg accompagnent les producteurs dans leur développement, leur offrent une garantie de débouchés à un prix juste, quel que soit le niveau des cours. 

Grâce à la prime de développement, cette somme d’environ 10 % versée par tous les importateurs en plus du prix payé pour les matières premières, elles investissent pour améliorer les rendements, former les planteurs, améliorer l’accès aux soins, constituer un fonds d’entraide aux familles en cas de décès.

 

À partir de la Centrale de producteurs de banane organique de Piura, située au Pérou, l’association Agronomes et vétérinaires sans frontières (AVSF) vient de publier une étude très détaillée sur le sujet. 

 

« L’impact positif du système est indéniable, assure Barbara Guittard, chargée de programme au sein de l’ONG française. En 2008, cette organisation a été la première du pays à exporter directement ses fruits sur les filières du commerce équitable européen. Ce qui a provoqué une nette augmentation des prix payés au producteur, de 3,5 dollars par caisse à 4,3 dollars. »

 

Pour marquer les esprits, Acopagro a récemment expulsé certains de ses membres qui ont cédé leur récolte aux coyotes. « Nous voulons faire comprendre aux autres les avantages à demeurer au sein de la coopérative », explique Oscar Diaz, l’un de ses responsables. 

 

D’autant qu’en plus des coyotes, d’autres concurrents fragilisent les coopératives. À commencer par les filiales de multinationales, qui exportent de plus en plus de produits labellisés « équitable » vers les marchés du Nord. C’est le cas de Dole, le géant américain de la banane, présent dans plusieurs pays d’Amérique latine.

 

07:46 Écrit par bk212103 dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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