25/05/2011

Victime présuméee... et oubliée des médias

On ne sait pas grand-chose de la femme de chambre qui a poussé la porte de la suite 2806. On est d’ailleurs troublé de l’anonymat dans lequel reste encore cette victime présumée quand le visage du présumé innocent (il faut présumer, toujours) est à la une de tous les journaux du monde. Elle est la femme invisible de cette affaire et compte bien le rester pour le moment. L’homme que la justice américaine a décidé d’incarcérer concentre toute l’attention et c’est bien ce qui désole la féminosphère.

A la présomption d’innocence qui s’applique à DSK, ne devrait-on pas opposer le respect et la compassion pour la victime possible d’une agression sexuelle. Ils sont quelques politiques mâles à y avoir immédiatement songé, par calcul, par réflexe ou par bon sens. Dupont-Aignan l’a exprimé dimanche : « Alors que la plupart des commentaires ont tendance à s’apitoyer sur le sort du Directeur Général du FMI, j’ai tout de suite pensé à la victime. », Jean-Luc Mélenchon l’a également rappelé dsk.jpgà sa façon dans un billet curieusement titré « Ouh là, là ! » : « Je suis un peu surpris de voir que personne n’a l’air de se préoccuper de la femme de chambre de l’hôtel. Affabulatrice ? Peut-être ! Mais si c’est une victime, alors qui la plaint ? Nos paroles ne doivent-elles pas inclure le respect qui lui serait dû ? ».

Passée la sidération, c’est tout ce que la blogosphère compte de féministes revendiquées ou pas qui s’interroge ou se désole de cette façon si politique et donc si masculine de présenter ce qui arrive aujourd’hui au directeur général du FMI. Chez Nouvelles News, l’interrogation est lapidaire « une nouvelle fois, de ce côté-ci de l’Atlantique, en cas de viol ou de harcèlement sexuel, le coupable présumé est vite transformé en victime et vice-versa ». Clémentine Autain développe sur son blog une lecture plus marxiste de l’affaire et de son traitement médiatique « Ce sont deux poids deux mesures qui me laissent stupéfaite. Ce n’est pas une lecture féministe des choses mais une lecture de classe : la femme de chambre qui est invisible et le patron du FMI qui reçoit des messages d’encouragement ».

Les poupées en pantalon ne sont pas loin d’exprimer la même colère rentrée : « que DSK soit juridiquement présumé innocent ne justifie en aucun que l’on considère la femme qui l’accuse comme une présumée menteuse ». Bloggueur hébergé par Médiapart, Stéphane Lavignotes, plus politique, allume les « éléments de langage » des socialistes qui semblent, pour beaucoup, avoir oublié les valeurs féministes de la gauche au profit d’une légitime solidarité entre camarades traumatisés « Problème : les socialistes ont évoqué « les grands principes » pour baliser leurs réactions à l’annonce des malheurs de DSK, en l’occurrence la « présomption d’innocence ». Mais le féminisme, le droit à disposer de son corps n’en font pas partie ? La lutte contre le viol n’est-elle pas importante pour les socialistes ? Ont-ils oublié cette longue histoire de lutte de la classe ouvrière contre le droit de cuissage ? ».

Alors oui, négliger le sort de la victime présumée d’un viol dans le concert des commentaires médiatiques, c’est sans doute faire violence à toutes les victimes de viol. Oui c’est oublier les abus de positions dominantes qui caractérisent une société largement dirigée par des hommes. Oui c’est infliger une double peine à toutes celles que leur condition économique et féminine condamne à subir, à se justifier avant de connaître réparation. Trois fois oui. Pourtant, comment ne pas regarder ailleurs que vers DSK dans les premières heures de la révélation ? Comment, dans ce premier temps de sidération, scruter autre chose que l’image du puissant, menotté, au visage défait ?

 

Avant le respect et la compassion dus à la victime présumée, la focalisation des regards et des commentaires ne pouvait que se porter vers le puissant mis au pilori, vers l’anti-héros du drame.

 

07:12 Écrit par bk212103 dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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