23/05/2011

MORIN EDGAR

Qui devinerait qu’Edgar Morin fêtera en juillet prochain ses 90 ans ? Avec ses petits yeux noirs mi-clos qui lui donnent un air de félin malicieux, son appétit intact de lecture et de connaissance, ses apparitions médiatiques régulières, le sociologue n’a pris aucune retraite vis-à-vis du monde.


Depuis longtemps, le chercheur appelle à un changement profond. « La croissance ne viendra pas au bout de la crise que nous traversons, plaide-t-il. On fait comme si le problème était uniquement économique. Comme s’il n’y avait pas une crise morale, une crise spirituelle, une crise de civilisation ! »

Pour élargir son horizon, trouver des raisons d’espérer, Edgar Morin s’est fait globe-trotter. « On ne peut plus continuer à vivre en vase clos dans l’Hexagone », plaide celui qui est docteur honoris causa de plus d’une dizaine d’universités étrangères. « Cela compense le fait que je n’ai pas de thèse », s’amuse-t-il. L’homme est toujours resté en marge de l’université, poursuivant toute sa carrière au CNRS.

Quand il s’échappe de Paris, il aime se rendre en « Italie, Espagne, Portugal, Grèce, Maroc… Tout ce qui est méditerranéen me ressource énormément. » Son cœur bat aussi au rythme de l’Amérique latine, dont il goûte « la vitalité et le métissage ». « Les rapports humains n’y sont pas figés. Il y a du vouloir vivre et du vouloir d’avenir dans ces sociétés. Cela me donne du tonus… »

Pour espérer, Edgar Morin, le solaire, l’hédoniste, croit aussi à l’amour et aux amitiés. « Je n’aurais jamais pu écrire un seul de mes livres sans la combustion amoureuse », confie-t-il. Il y eut les amis de la Résistance, puis de grands penseurs comme Cornélius Castoriadis et Claude Lefort, aujourd’hui décédés.

À sa femme, morte en 2008, Edgar Morin a dédié un livre, Edwige, l’inséparable. « J’ai cru qu’il n’y aurait plus rien après », partage-t-il, confiant être depuis retombé en amour, « même si rien n’efface le souvenir de ce qui a été vraiment vécu. »

Avec le temps, Edgar Morin se fait plus contemplatif, « plus sensible à l’inconnu et à l’inconnaissable ». « Je suis de plus en plus étonné par la vie. » Pour cheminer vers l’inconnu, Edgar Morin aime compagnonner avec les poètes mystiques, notamment Jean de la Croix. « J’aime profondément la littérature mystique, celle où l’on se perd en se retrouvant. »

Inusable, le chercheur travaille aujourd’hui sur un nouvel ouvrage, plus méditatif. « Mon souhait est d’aller au plus proche de ce qui ne peut pas s’exprimer et qui nous enveloppe. Les uns peuvent appeler cela Dieu, moi je trouve que c’est un concept rétréci : je dis le Mystère, avec un M majuscule. »

 

08:11 Écrit par bk212103 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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