04/05/2011

DECES DE DESANTI

Des années 30 à aujourd'hui, Dominique Desanti revisite le monde d'hier. A quoi rêvaient les jeunes filles d'avant-guerre? Aux poètes et aux écrivains. La petite Dominique Persky – son père était d'origine russe – apprenait par cœur «Nadja», «les Nourritures terrestres» ou «le Cimetière marin».

Elle allait guetter André Breton dans les cafés de la place Blanche ou déposer en secret des roses rouges sur le paillasson de Paul Valéry tous les 30 octobre, date de l'anniversaire du poète.

Et puis il y eut la rencontre avec la bande des normaliens de la Rue-d'Ulm. Elle fut leur professeur de paso doble et de tango. Elle ne parvint pas à apprendre le moindre pas à un jeune philosophe corse de 23 ans, «imprévisible et joyeux», et dont le sourire était si mystérieux. Mais Touky devint l'homme de sa vie. De la création du Zoo, comité estudiantin de rébellion, au lancement du bulletin «Sous la botte» pendant les premiers mois d'Occupation, de la résistance active à Clermont-Ferrand à l'engagement stalinien d'après-guerre, le couple partagea les mêmes passions et les mêmes aveuglements. Les mêmes amis aussi: Césaire, Desnos, Cavaillès, Merleau-Ponty, Groethuysen, Althusser, Aragon, Sartre.

Dominique Desanti admira follement Simone de Beauvoir. Castor fut son mentor en liberté conjugale et en liberté tout court. Dominique et Touky furent dès leur rencontre un couple sartrien, les règles étaient simples: transparence absolue, coexistence entre l'amour nécessaire et les amours contingentes. Ce contrat amoureux ne protège pas bien sûr des accidents de la jalousie ni des blessures du cœur. Une fois ils faillirent se perdre, mais il était dit qu'ils ne se quitteraient jamais.

L'autre grand homme de sa vie fut son père, qui l'éleva seul et qui tomba sous les balles d'un SS en août 1944. Dominique Desanti a dédié son livre à cet homme généreux et élégant dont l'assassinat – qu'elle garda durant des années comme un secret inavouable – fut le drame absolu de sa vie:

Ce fut donc jusqu'en 1956 l'adhésion corps et âme à la contre-société communiste. Les Desanti, pris dans «la magie déréalisante du Parti», furent des stals purs et durs, dressés à combattre les «hitléro-trotskistes», les «traîtres titistes» ou autres opportunistes boukhariniens.

Les révélations du XXe Congrès soviétique les délivrèrent de leur foi collective, sectaire et dévorante. Heureusement, après la rupture, l'amour et l'amitié leur donnèrent le courage de revivre et de «redevenir soi-même». Sans repentir. En bon spinoziste, Jean-Toussaint Desanti rappelle que «le repentir n'est pas une vertu».

 

07:25 Écrit par bk212103 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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