25/04/2011

NOURISSIER

Dans un récit terrible, publié en 2003, François Nourissier avait raconté la maladie qui, jour après jour, l'anéantissait. Et qu'il appelait Madame la baronne de Parkinson.

Sa mauvaise compagne, François Nourissier, dans un précédent livre, l'avait baptisée Miss P., baronne de Parkinson.

Il tient ici le greffe de ses méfaits journaliers, après la chute théâtrale qui marque son entrée en scène; membres devenus fous, jambe qui cède, pied qui dérape, voix qui déraille, index stupidement bloqué devant la machine à écrire; objets changés en pièges, stylos rétifs, cuillers récalcitrantes, baignoires tombeaux, himalayas des escaliers; mots désormais incongrus, ski, valse, vitesse, tandis que les rengaines de l'enfance, «tiens-toi droit», «regarde où tu mets les pieds», retrouvent, elles, leur pertinence. Surtout, surtout, projets envolés: plus de voyages, nulle escapade à l'horizon.

 Et la conquête? Et l'amour? «C'en est fini, tu resteras immobile et tu écouteras ta mémoire.» Point de lendemain, telle est la sentence de Miss P. l'implacable.

Autour de l'ankylosé, mot pudique, la voix du téléphone s'est tue, le silence s'installe, l'ombre gagne; la mort sociale s'annonce avant l'autre. Il y a encore des amis pourtant, mais leur commisération, barbouillée de gaieté, est plus cruelle que l'indifférence. Il faut les voir frétiller à la plus fugace des embellies:

«tu as bonne voix», «quelle forme», «bien mieux que la fois dernière», «tu es resplendissant». «Ils achètent à bon prix le droit de parler d'autre chose, chuchote, pas dupe, le prisonnier soudé au fauteuil. Quand on me congratule, c'est en me fourrant une botte de fleurs dans les bras. J'ai appris à arborer mon sourire le plus maillot jaune.»

Pour conjurer l'irruption de l'adversité dans nos vies, nous disposons d'un riche répertoire de parades: la religieuse, qui cligne de l'oeil vers l'au-delà et prêche la rédemption par la souffrance; la littéraire, qui fait de la maladie l'allégorie de la catastrophe historique; l'érudite, qui transforme le patient en professeur agrégé de son mal; la morale, qui enseigne, les dents serrées, le digne maintien, la beauté gratuite des luttes sans espoir; la coquette, rompue aux comédies de la bonne figure.

La force de ce livre terrible est de les ridiculiser toutes comme autant de pauvres impostures. A quoi bon faire le faraud, ou le pantelant, ou le stoïque sous la mitraille? Inutile d'espérer tirer un quelconque bénéfice de l'entreprise de Miss P.: sa vérité est d'être, en son fond, humiliation et solitude.

 

 

08:33 Écrit par bk212103 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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