21/04/2011

PERE des REVOLUTIONS ARABES

Avec un petit bouquin de 130 pages, Gene Sharp, ancien professeur à Harvard, a inspiré bon nombre d’insurrections pacifiques, d’Ukraine en Birmanie. Il serait aujourd’hui le théoricien des soulèvements arabes.

On raconte que les photocopies d’un livre circulaient sur la place Tahrir du Caire, pendant le grand sitting où la foule enjoignait Moubarak de dégager. Il s’agissait de «De la dictature à la démocratie», de l’Américain Gene Sharp. Le vieux prof de Harvard, aujourd’hui retraité, explique qu’il s’agit plus d’un «livret» que d’un livre. Il fait tout de même 137 pages. Les universitaires, déformation professionnelle, surestiment souvent les capacités de lecture des hommes du commun.

Cent trente-sept pages pour dire quoi? «De la dictature à la démocratie» se présente comme un manuel de révolution non-violente. Les chapitres s’intitulent «Faire face avec réalisme aux dictatures», «les Dangers de la négociation», «l’Application de la défiance politique» ou «Désintégrer la dictature». Ils composent un exposé méthodique et systématique de la marche à suivre pour piétiner un tyran, du premier rassemblement insurrectionnel improvisé à la rédaction d’une nouvelle constitution.

Gene Sharp puise autant ses sources dans sharp.jpgl’histoire que dans les livres. Il cite Aristophane, Aristote, Machiavel, jusqu’au très pointu Karl Deutsch, qui utilisa les modèles cybernétiques pour théoriser les sciences sociales. On trouve un sage chinois, aussi: la fable du «Maître Singe», contée par Liu-Ji au XIVème siècle, qui montre une horde de singes cessant d’aller cueillir des fruits pour le compte d’un vieux tyran. Sharp dresse des typologies d’actions non-violentes, distinguant les «méthodes de protestation et de persuasion» (il y en a 54, parmi lesquelles on notera les «prix satiriques», les «gestes grossiers», les «fausses funérailles» ou les «visites récurrentes à un fonctionnaire») des «méthodes de non-coopération» (il en dénombre 107; on retiendra la «grève du sexe»)

Ce pousse-à-la résistance passive, qui est lu au Zimbabwe, en Birmanie ou en Russie, est pourtant un paisible vieillard, célibataire et sans enfant, qui vit quasiment reclus avec sa jeune assistante (fort jolie). Il cultive des orchidées, comme beaucoup de vieux rêveurs. Il gagatise avec son gros chien noir, qu’il a appelé… Cesar.

Né en 1928, il est le fils d’un pasteur itinérant, ce qui explique sans doute qu’il n’aime pas voyager. Dans les années 1950, le jeune Gene, étudiant en sociologie à l’Ohio State University, refuse d’être enrôler en Corée. Il passe neuf mois en prison. Il développe une passion pour Gandhi, qui deviendra le principal sujet de ses recherches

 

08:40 Écrit par bk212103 dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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