16/04/2011

PIVOT Bernard

Il n’a jamais oublié que, petit, il gardait des chèvres dans le Beaujolais et livrait, en triporteur, du vin et des pommes de terre aux clients lyonnais de l’épicerie familiale. Il est resté fidèle à ses amis d’enfance – un pâtissier, un vétérinaire, un industriel – et à la vigne, au point de rêver être réincarné en cep de la romanée-conti.

La réussite du roi Lire a renforcé son attachement à ses origines modestes et provinciales. Il est encore tout étonné d’avoir vu tant de grands écrivains et intellectuels se bousculer dans son salon cathodique du vendredi soir. Et il sait que, sans l’amour fou de la littérature et la passion de la lecture, son destin eût été différent (après le bac, il se préparait à devenir inspecteur des contributions).

C’est d’ailleurs pour continuer à questionner – le verbe de sa vie – les auteurs français et étrangers qu’il refusa de présenter le 20-heures ou de diriger les Editions Robert Laffont. A 75 ans, Bernard Pivot s’est enfin décidé à rédiger ses Mémoires, sous forme d’abécédaire, d’Admiration à Vieillir (il voudrait mourir dans un fauteuil, en écoutant Mozart), de Dictée à Football, de Goût (il milite pour « l’augmentation du goût de la vie ») à Marron (il en a toujours un dans la poche) ou à Train fantôme (il dit avoir, à la télé, exercé la profession de «gratteur de têtes»). Il reconstitue son album de famille, photo après photo, mot après mot – «J’ai toujours considéré les mots, écrit-il, comme des êtres vivants.» Ici, ils lui font fête.

Apostrophes

Fin 1974, quand je proposai à Marcel Jullian, qui venait d’être nommé PDG de la deuxième chaîne, d’intituler «Apostrophes» l’émission littéraire qui serait diffusée chaque vendredi soir, je ne me doutais évidemment pas que ce titre deviendrait emblématique d’une certaine télévision. […]

L’émission est devenue un mythe, de sorte qu’on n’en rappelle que les réussites et qu’on en oublie les faiblesses, parfois les ratages.

On n’en retient que l’esprit, la liberté de parole, le plaisir d’y avoir été invité ou de l’avoir assidûment regardée, la fête des mots et de l’esprit, l’envie de lire qu’elle communiquait intensément aux téléspectateurs, la présence nombreuse de ceux-ci dans les librairies dès le lendemain, la symbiose assez miraculeuse entre le petit écran et tous ces livres aux titres mystérieux dont le secret s’échappait peu à peu comme le fumet d’une casserole sur le feu.

Pourquoi ça marchait si fort, et pas seulement en France, mais aussi, grâce à TV5 Monde, dans les pays francophones et dans des pays où le français est très minoritaire, comme l’Italie, l’Espagne, le Brésil, ou bien encore à New York ou Boston?

 

07:57 Écrit par bk212103 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

Les commentaires sont fermés.