14/04/2011

HARLAN COBEN

A l'heure où les séries télé remplacent les romans, le roi du polar cultive sa différence avec les auteurs «inspirés» qui cherchent leur public. Plus près des «Soprano» - il le revendique - que de Philip Roth – il le regrette -, l'auteur qui étudia naguère avec Dan Brown à l'université d'Amherst refuse le statut d'écrivain. «Je suis un artisan, content comme un plombier du travail bien fait. Ma recette? 85% de transpiration, 10% d'inspiration, plus un zeste du désespoir - celui de ne pas pouvoir faire mieux - qui pousse à se dépasser.»

Priorité donc au récit («il commande tout»), à des années-lumière de la sempiternelle querelle de la primauté de l'histoire sur les personnages qu'il récuse comme «un dilemme entre l'œuf et la poule». Mais sans ces agences de recherche qui aident les auteurs de bestsellers à traquer le «détail vrai ». Le style? Il faut «polir et repolir» pour que rien n'arrête la lecture. («Chaque page doit être absolument nécessaire.»)

Et notre Américain à Paris se refuse à faire un plan. «Ecrire, pour moi, c'est comme conduire une voiture dans une nuit de brouillard: je sais d'où je pars et où je veux aller. Entre les deux, j'improvise.»

Coben, pisseur de copie de talent mais génie du marketing? Comme ses confrères John Grisham, Stephen King ou Marry Higgins Clarke, habitués à flirter avec les millions d'exemplaires grâce à une force de vente survitaminée?

Reste ce parfum de mystère qui flotte sur ses pages. Disparition, abandon, rédemption, pardon... Stéréotypés, ses personnages ont cependant tous un secret dissimulé dans un passé qui, tel un bouchon, refait toujours surface et les dévoile.

Avec, au centre de l'intrigue, une famille exposée à l'insécurité et dominée par la figure d'un père absent. Fils d'un juif russe rescapé de la Shoah, Harlan Coben ne récuse pas ces interprétations mais referme aussitôt la porte entrouverte. Règle numéro un d'un best-seller: ne jamais faire de la complexité un argument de vente.

(Jean-Gabriel Fredet)

 

07:17 Écrit par bk212103 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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