08/04/2011

SAUVETAGE de l’AMAZONIE

En quelques années, le pays est devenu un vrai géant agricole. Conscient de ses responsabilités en matière environnementale, il tente de mettre sur pied une politique qui préservera la forêt.

Pour le moment, les semences transgéniques aident les paysans du Brésil et d’autres endroits du monde à se battre contre les mauvaises herbes et les insectes, mais elles ne font pas augmenter directement le rendement des plants. L’Embrapa, centre de recherche du ministère de l’Agriculture, travaille cependant à de nouvelles techniques qui pourraient un jour donner naissance à des variétés plus nutritives et plus productives.

Ces variétés pourraient sauver la forêt, qui a été coupée de façon extensive pour faire place à l’agriculture. Le Brésil a cependant ralenti le rythme de la déforestation en s’efforçant de mieux utiliser les sols déjà défrichés. Sous la pression des consommateurs et d’organisations écologistes comme Greenpeace, les producteurs de soja ont été les premiers à s’engager à protéger l’Amazonie. A partir de juillet 2006, les principaux exportateurs ont accepté un moratoire limitant le défrichement de terres destinées à la culture du soja. La surveillance de son application est effectuée par satellite, et Greenpeace affirme que cette mesure a permis d’enrayer les abus les plus flagrants. Pour accroître la production sans sacrifier la forêt, les chercheurs brésiliens doivent observer la façon dont les sols sont utilisés actuellement. “Tout commence par les cartes”, explique Paulo Adario, responsable de la campagne Amazonie de Greenpeace. L’organisation réalise également des vols de contrôle au-dessus de terrains suspects, ce que les agences gouvernementales n’ont souvent pas les moyens de faire.

Le principal potentiel d’augmentation de la production réside dans les pâturages. Selon certaines estimations, ceux-ci ­couvrent au Brésil amazonie.jpgplus de 200 millions d’hectares, soit presque le quart du pays, c’est-à-dire quatre fois la surface de la France. Les éleveurs brésiliens élèvent en moyenne un peu plus d’une vache par hectare, mais beaucoup de pâturages bien gérés, produisant davantage d’herbe, alimentent trois, quatre, voire cinq vaches par hectare.

Le climat n’est que l’un des nombreux obstacles que le Brésil va devoir surmonter pour étendre et moderniser son système agricole. Car, en dehors des grandes exploitations agricoles, dans les zones rurales les plus isolées, beaucoup de paysans sont toujours désespérément pauvres et utilisent des outils qui semblent dater du XIXe siècle. Améliorer l’agriculture rurale implique donc d’élargir l’accès à l’information et de réduire la fracture sociale.

Un changement de comportement sera également nécessaire. Si les chercheurs ont pris le train de la croissance durable, beaucoup d’éleveurs et d’agriculteurs ne sont pas encore montés à bord. Faisant prévaloir les intérêts agricoles contre les préoccupations environnementales, une commission spéciale du Congrès a approuvé l’année dernière une révision du Code forestier qui réduit la protection des écosystèmes du pays. Les scientifiques et les défenseurs de l’environnement se préparent à une longue bataille contre cette loi, et rien ne dit que les modifications radicales qu’elle introduit survivront au débat au Congrès. Mais beaucoup considèrent le ton même de la discussion comme un échec.

Les acteurs de la recherche agricole ont pourtant prouvé que le Brésil pouvait progresser très vite. Il y a vingt ans, nous ne pensions qu’à repousser les frontières et à faire de la monoculture, rappelle Mateus Batistella. Aujourd’hui, les spécialistes parlent d’intensification, d’agriculture sans labour, de rotation des cultures et d’agroforesterie. Autrement dit, nourrir le monde sans raser la forêt.

 

07:21 Écrit par bk212103 dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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