01/04/2011

Trace de nos moindres gestes

Les moteurs de recherche gardent la trace de nos moindres faits et gestes en ligne. Plusieurs penseurs pointent les dangers de cette mémoire numérique totale. Pas d’inquiétude, rétorque un journaliste : le web oublie de lui-même.

Internet n’oublie rien. Les exemples terrifiants de la capacité de mémorisation infinie de la Toile sont légion. Il y a l’histoire de cet écolier canadien qui s’était filmé en 2002 imitant un personnage de Star Wars à l’aide d’un ramasse-balles de golf et qui est vite devenu la risée du web sous le surnom de “Star Wars Kid”.

Sa famille a poursuivi en dommages et intérêts ses camarades de classe qui avaient diffusé la vidéo sur le Net, car il en aurait gardé des séquelles psychologiques. Il y a aussi celle de ce psychothérapeute canadien de 66 ans qui s’est vu interdire à plusieurs reprises l’entrée du territoire américain, parce qu’en tapant son nom dans un moteur de recherche lors d’un contrôle de routine, des gardes-frontières étaient tombés sur le récit de ses expériences sous LSD dans les années 1960.

Bienvenue dans le monde du panoptique numérique, où sont consignés pour toujours la pensée fugace notée sur Twitter ou Facebook, le geste ou la grimace émanant d’une photo prise entre amis, le texto ou le mail prétendument privés, la transaction par carte bancaire ou l’enregistrement sur l’un des nouveaux sites de géolocalisation tels que Foursquare.

Tous, nous nous empressons d’oublier ou de refouler ces gestes banals du quotidien. Mais la combinaison d’espace de stockage en ligne à prix toujours plus réduits, de moteurs de recherche de plus en plus performants et d’un accès généralisé marque la fin de l’oubli.

Théoriciens de l’information, juristes et techniciens réfléchissent à la manière d’enrayer la frénésie de collecte. Ils se heurtent cependant à deux tendances puissantes : d’un côté, un mélange de paranoïa et de curiosité de la part des administrations publiques, qui conservent tout ce qui pourrait être un jour exploité, et de l’autre les intérêts financiers des moteurs de recherche, des réseaux sociaux et d’autres fournisseurs de services numériques, dont le modèle économique ne marche qu’à condition de créer et de vendre des profils de personnalité indéfiniment renouvelés à partir d’une myriade d’éléments.


 

07:55 Écrit par bk212103 dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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