17/03/2011

REVOLTE ARABE et HISTOIRE ESPAGNOLE

Le vent de liberté qui secoue les pays arabes depuis l’immolation du jeune Tunisien Mohamed Bouazizi, le 17 dé­cembre 2010, balaie une série de lieux communs enkystés dans l’opinion européenne et au sein de nos gouvernements, à savoir le fatalisme des Arabes et leur résignation face à l’arbitraire, et l’incompatibilité absolue entre islam et démocratie.

Disons d’entrée de jeu que toutes les religions monothéistes sont a priori réfractaires aux systèmes de gouvernement qui échappent à leur pouvoir. L’histoire espagnole, avec l’alliance sacrée du trône et de l’autel et le recours au divin pour dissimuler les dictatures militaires en est un bon exemple. Les voyageurs français et anglais qui parcouraient l’Espagne puisaient dans le stock de clichés sur l’attachement présumé – hormis de brefs moments de fureur incontrôlée – à l’absolutisme monarchique et à l’Eglise, sur laquelle il s’appuyait. Les expériences avortées que furent les Première et Deuxième Républiques [1873-1874 et 1931-1939] semblaient le confirmer.

Il n’y a même pas quarante ans, l’Espagne était encore gouvernée par “un caudillo par la grâce de Dieu” [le titre que s’était donné le général Franco, au pouvoir de 1939 à 1975]. Ces préjugés méconnaissent le fait que la rébellion des peuples assujettis par la peur, l’injustice et l’ignorance couve en silence, mais qu’un ensemble de facteurs imprévisibles peut la déclencher.

Bien que la situation politique et économique soit très différente en Tunisie et en Egypte, l’étincelle qui a pris dans les deux pays a un élément commun : le ras-le-bol vis-à-vis d’une gérontocratie tendant à se perpétuer par le biais d’une succession dynastique déguisée qui entrave toute possibilité de changement. Le régime de Ben Ali était un Etat policier à l’affût du moindre signe de désaffection.

La Tunisie visitée il y a dix ans évoquait à bien des égards l’Espagne de la Restauration [1874-1902] et celle des dictatures du siècle dernier. Un régime politique modéré en apparence et pro-occidental, soutenu par l’Union européenne en tant que rempart contre l’extrémisme islamiste.


Ce portrait n’est pas celui de la Tunisie, mais de l’Espagne du XIXe siècle, brossé par [l’intellectuel et homme d’Etat] Manuel Azaña dans son essai Tres generaciones del Ateneo [de 1930]. L’“art de fabriquer des Parlements sans députés de l’opposition”, le discrédit des partis politiques, la façade démocratique, tout cela était commun aux Espagnols d’hier et aux Tunisiens et aux Egyptiens d’aujourd’hui.

 

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08:00 Écrit par bk212103 dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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