05/03/2011

Il faudra bien accueillir les flux de réfugiés

En plus d’être inhumain, fermer les yeux ne sert à rien. En réalité, tout ce que peut encore faire l’Union européenne est de se préparer comme il faut à accueillir – pour une durée limitée – les réfugiés libyens.

Or, pour réussir cet exercice de haute voltige, il faudrait être une danseuse étoile, et non une ministre de l’Intérieur. Certes, Maria Fekter vient d’imposer en Autriche de nouvelles restrictions des droits des étrangers. Mais cela ne lui permettra pas de refouler l’afflux de réfugiés en provenance d’Afrique du Nord. Si un exode de masse survient, les Européens n’auront pas d’autre choix que d’accueillir convenablement les réfugiés et de les répartir entre les pays membres le plus équitablement possible. Comme l’Autriche par le passé pendant les guerres de Yougoslavie, c’est cette fois l’Italie qui va se retrouver en première ligne pour organiser la prise en charge des besoins immédiats. Ensuite, chaque pays de l’Union devra accueillir son contingent de réfugiés.

Le problème réside dans cette notion de “devoir”. Il y a de multiples raisons à cela. Le fait que la peur des Européens face à un afflux massif d’étrangers soit plus forte que leur compassion à l’égard des victimes d’un régime dictatorial ne peut être occulté. Avec un peu de bonne volonté, pourtant, on peut envisager qu’un nombre plus ou moins élevé de réfugiés libyens rentrent dans leur pays après le retour au calme ou, comme cela a été le cas pour de nombreux ressortissants des Balkans, poursuivent leur route vers d’autres continents. Mais le fait est que l’aversion l’emporte sur la bienveillance. Cela résulte de deux problèmes : d’une part, de la politique étrangère insensée des Européens vis-à-vis d’un dictateur excentrique et, d’autre part, de la politique intérieure lamentable de nombreux Etats membres, qui balancent entre une immigration nécessaire mais mal gérée et l’alarmisme systématique, parfois même instrumentalisé, envers l’étranger.

Beaucoup d’Européens, au premier rang desquels les Italiens et les Maltais, se sont compromis sans vergogne dans un répugnant marché avec Kadhafi. Le dictateur libyen avait exigé ouvertement plusieurs milliards d’euros de l’Union européenne pour contenir en Afrique (et donc loin de l’UE) les réfugiés économiques en provenance des pays du Maghreb. On se dit que les décideurs politiques ont dû être bien naïfs ou vaniteux pour songer sérieusement qu’ils pourraient tirer durablement avantage de cet odieux marchandage.

Dans le même temps, les clandestins africains embauchés pour les récoltes saisonnières ont fait les affaires d’un grand nombre de pays pendant des années. Comme l’Autriche, qui fait encore aujourd’hui l’économie d’une vraie solution en matière de personnel infirmier et d’aide à domicile, et préfère user de stratagèmes précaires en faisant travailler au noir des infirmières venues de Slovaquie ou d’Ukraine.

Les racines du mal sont ailleurs : rares sont les pays qui font clairement la distinction entre réfugiés et migrants. Et rares sont les politiques qui reconnaissent ouvertement qu’on s’est tourné les pouces pendant des années sur la question de l’immigration contrôlée. A défaut d’un baby-boom à venir (et ces choses-là demandent un certain délai de mise en route), l’Europe ne pourra pas faire l’économie d’une vague d’immigration. Fixer des règles claires en la matière sans sombrer dans une xénophobie cynique ne paraît pas si simple – et, pour une fois, le ministère de l’Intérieur autrichien n’est pas le seul à pécher de ce point de vue-là.

Quant aux commentaires de notre chère ministre sur le rôle d’Internet, il appelle des éloges particuliers. Là où d’autres applaudissent les cyber-révolutionnaires de Tunisie, d’Egypte, de Libye et de Chine, Maria Fekter délivre un autre message : ceux qui veulent venir chez nous n’ont qu’à suivre des cours d’allemand sur la Toile. Ce qui, selon elle, ne pose visiblement aucun problème, y compris dans les campagnes les plus reculées. Maria Fekter est décidément loin d’avoir la subtilité d’une danseuse de ballet.

 

07:31 Écrit par bk212103 dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

Les commentaires sont fermés.